- Scipion
Dupleix 1626

-
-
- Les humains sont des êtres sociaux.
Une des fonctions primordiales de
l'encéphale est de nous donner la
capacité d'interagir de façon
optimale avec les autres. Le succès des
interactions sociales réside dans la
capacité à comprendre les autres
au niveau des actions motrices
(intentionnalité), des perceptions
émotionnelles, d'une intégration
cognitive mnésique et comparative
séparant le soi de l'autre (empathie,
altruisme), toutes capacités que le
psychologie anglo-saxonne a unifié sous
le concept de "The
theory of mind" (TOM). Il est connu, depuis
toujours, que le bâillement est
"contagieux"; l'éthologie parle de
réplication comportementale et, la
neurologie, depuis JM. Charcot,
d'échokinésie. En quoi
cette échokinésie confère
aux bâillements une forme de communication
sociale non verbale participant de la TOM et de
l'empathie ? (L'échokinésie
définie par Emile Littré)
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- La découverte des neurones miroirs
par Rizzolatti
et Gallese
(1996) ouvre à une explication
neurophysiologique de la TOM. La promotion des
compétences exploratrices de
l'environnement, les processus de prises de
décisions, notamment en cas d'urgence
face à un prédateur, la
préparation de l'action en
générale, répondent chez la
plupart des vertébrés à
l'activation de neurones miroirs dans les aires
corticales motrices. Ils s'activent lors de la
perception des mouvements et d'action de
conspécifiques indiquant que la
génération de l'action
intentionnelle et l'imagerie mentale de celle-ci
partagent les mêmes structures neuronales.
Ainsi, sur un trottoir parisien, l'approche du
piéton décelé par un pigeon
déclenche automatiquement l'envol de la
troupe dont la majorité n'a pas eu
perception du danger. Résultat de
réponses adaptatives
sélectionnées par
l'évolution, cet automatisme moteur
coopératif valorise la vie en groupe en
terme de sécurité face au
prédateurs.
-
- L'échokinésie du
bâillement ne répond pas à
ce mécanisme comme l'indique son
délai d'apparition et son inconstance. En
effet, n'est sensible à
l'échokinésie qu'un individu dans
un état mental peu stimulé
(transport en commun), alors qu'un travail
intellectuel soutenu le rend insensible.
-

- Schürmann
et al.(2005) ont confirmé, par
exploration en IRM fonctionnelle, l'absence
d'activation des neurones miroirs de l'aire de
Broca
chez l'Homme (cortex frontal
postéro-inférieur de
l'hémisphère gauche), lors de
l'échokinésie du bâillement,
contrairement à l'observation gestuelle
pendant laquelle, ceux-ci s'activent tant dans
l'exécution que dans l'observation d'une
activité motrice (décodage de
l'intentionnalité). Ces
éléments éthologiques et
neurophysiologiques montrent que
l'échokinésie du bâillement
n'est pas une imitation motrice.
-
- La reconnaissance visuelle de
l'environnement met en jeu différents
circuits neuronaux distinguant les objets
inanimés des êtres vivants
(Puce,
2003). La reconnaissance des visages humains
répond à l'activation de neurones,
spécifiquement dédiés, au
niveau temporal. La région temporal
inférieur (IT) (Afraz,
2006; Leopold,
2006) permet une identification immédiate
d'un visage dans sa globalité, tant pour
l'identité que pour l'expression, en
possédant, apparemment, une
mémorisation autonome, non hippocampique.
Le sulcus
temporal supérieur (STS) s'active,
lui, spécifiquement lors de perception
des mouvements des yeux, de la bouche,
suggérant son implication dans la
perception visuelle des émotions.
Schürmann
et al. (2005) ont montré l'activation du
STS lors de l'échokinésie du
bâillement, de façon automatique et
involontaire, se transmettant vers la
région periamygdalienne gauche, le cortex
cingulaire postérieur et le
précuneus. Ces structures sont
associées à la discrimination des
émotions exprimées par la face
humaine et, notamment, dans
l'appréciation de la
véracité du ressenti
exprimé.
-
- Platek et
al. (2003;
2005)
ont trouvé une corrélation entre
activation des circuits neuronaux au-delà
du STS et traits de personnalités. "A
l'opposé de ceux qui ne sont pas
influencés par la vue d'un autre
bâilleur, les gens qui sont sensibles au
bâillement d'autrui reconnaissent plus
promptement l'image de leur propre visage,
identifie mieux l'état psychologique de
l'autre et exhibe moins de traits de
personnalité d'allure schizoïde. Ces
données suggèrent que la contagion
du bâillement a un lien avec la
capacité d'une part d'introspection et
d'autre part d'empathie". Les sujets
qualifiés d'empathiques, très
sensibles à l'échokinésie
du bâillement activent peu l'amygdale mais
le cortex cingulaire, alors que les sujets
qualifiés de schizoïdes, insensibles
à la réplication du
bâillement, activent l'amygdale (la peur
?) (Carr,
2003). L'étude de la neurophysiologie de
l'empathie retrouve une similarité des
zones activées (STS,
insula,péri-amygdale, cortex cingulaire,
cortex préfrontal droit). Ainsi, il
semble qu'alors que la compréhension de
l'intentionnalité (neurones miroirs
moteurs), le partage des émotions
(neurones miroirs de l'insula, amygdale et
cortex pariétal droit)
nécessitent, pour être
décodés, une activation neuronale
commune, action - perception,
simultanément à une inhibition
frontale (activation orbito-frontale)
inhibitrice de l'extériorisation motrice,
l'échokénsie du bâillement
n'a pas la capacité d'être
inhibée involontairement par absence
d'inhibition frontale. Par contre l'activation
temporo-pariétale droite autorise la
différenciation entre soi et l'autre,
identifiant, au niveau conscient, le rôle
déclencheur du bâillement de
l'autre (Decety,
2006). Le bâillement pourrait ainsi
illustrer la théorie simulationniste de
la TOM. En 2008, Nahab
et al. ont montré en IRMf que la zone
ventromédiale frontale s'activait au
cours de l'echokinésie du
bâillement, zone activée
également au cours des processus
empathiques et proposent de situer à ce
niveau la zone corticale à l'origine du
déclenchement du bâillement
"contagieux".
-
- Alors que le bâillement apparaît
universel chez les vertébrés, il
semble que seuls les primates soient capables
d'une échokinésie. Anderson
(2004) a montré que les chimpanzés
visionnant une vidéo de bâillements
de conspécifiques, bâillaient
à la suite, de façon similaire aux
humains dans une situation analogue. Bien que
l'existence d'une TOM chez le chimpanzé
soit toujours l'objet de controverses (Povinelli,
2003), l'existence d'une
échokinésie des bâillements
plaide en faveur d'une théorie de
différents niveaux de TOM,
peut-être secondairement à des
voies différentes de l'évolution
des capacités cognitives des
hominidés. La pathologie psychiatrique
humaine dissèque, elle aussi, de
façon comparable, la TOM (Blair,
2005).
-
- A.
Senju et al. (14) A. Senju et al. ont
projeté des videos clips de personnes
bâillant ou ouvrant simplement la bouche
à 49 enfants, agés de 7 ans, et
dont la moitié était des autistes.
La vision de bâillements
déclenchent plus du double de
bâillements chez les enfants sains que
chez les autistes. Regarder des visages ne
bâillant pas déclenche le
même nombre de bâillements dans les
deux catégories d'enfants. Cette
étude eoque donc un déficit
d'échokinésie des
bâillements chez les personnes autistes.
Or le déficit a décodé les
émotions des autres, ainsi que
l'empathie, sont des critères
diagnostiques de cette pathologie.
L'équipe de A. Senju
propose, en 2008, que sous certaines conditions
de lien de dépendance longtemps
établi, un chien pourrait bâiller
en voyant son maître bâiller. Les
mêmes seraient capables de comprendre
l'indication de la direction du regard
donnée par un doigt pointé vers
une cible ce qui montrerait une capacité
de TOM chez ces chiens.
-
- Anderson
(2003) a montré que l'enfant
n'était sensible à
l'échokinésie du bâillement
qu'au cours de la sixième année de
vie, c'est à dire après avoir
acquis la capacité de
réfléchir à ce que l'autre
pense, à attribuer des états
mentaux à autrui (Gergely,
2003). Un état de maturation cognitive
d'ordre fonctionnel est donc nécessaire
afin d'être sensible à
l'échokinésie du
bâillement.
-
- En résumé, un lien
phénoménologique apparaît
entre la capacité à attribuer un
état mental à autrui (TOM), base
de l'empathie et l'échokinésie du
bâillement. A côté de la
hiérarchie neuro-anatomique
séparant la TOM en niveaux
sensorimoteurs, émotionnels et cognitifs
((Singer,
2006), l'échokinésie du
bâillement autorise une dissociation de la
TOM, par son ontogenèse et sa
phylogenèse, en différents niveaux
développementaux, sous-tendus par une
activation différenciée de
circuits neuronaux spécifiques.
L'échokinésie du bâillement
aurait conféré un avantage
sélectif, en permettant une
synchronisation efficace des niveaux de
vigilance entre les membres d'un groupe social.
Elle participerait d'une forme d'empathie
instinctive involontaire, qualifiable de
rudimentaire, probablement apparue tardivement
au cours de l'évolution des
hominidés.

-
- Contagious
yawning: the role of self-awareness and mental
state attribution Platek SMet
al
- Yearning
to yawn: the neural basis of contagious
yawning Schurmann, Hari et
al
- Contagious
yawning and the brain Platek S,
Mohamed F, Gallup G
- Contagious
yawning in chimpanzees
AndersonJR
- Video-induced
yawning in stumptail macaques Paukner A,
Anderson JR
-
- A
clinical and psychological study of
echo-reactions Srengel Ed, Vienna MD, Edin
LR 1947
-
- Yawning:
unsuspected avenue for a better understanding of
arousal and
interoception
- Le
bâillement: son histoire intérieur
ou neurophysiologie du bâillement revue
- au
travers de son ontogenèse et de sa
phylogenèse
O. Walusinski
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Human Brain Mapping 2008 in press
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- Response
properties of neurons in
temporal cortical visual areas of infant
monkeys Rodman HR
-
-
Un précurseur des recherches actuelles...
oublié ! Yawning,
Yielding, and Yearning to
Yawn
- Paper presented at the
meeting of the Midwest Psychological
Assiociation Chicago, May
1974
- Cialdini
RB, McPeek RW
-
- Je suis heureux de pouvoir vous
présenter un document inédit
jamais publié. Ce travail a
été présenté
oralement, par Robert
Cialdini, en 1974, à l'association de
Pyschologie du Midwest.
-
- "Comme manger, bâiller est un
évènement quotidien qui peut aussi
bien être déclenché par la
fatigue (cause interne) que par la vision d'un
autre bâilleur (cause externe).
L'étude a été bâtie
pour:
- démontrer l'existence d'un
bâillement de stimulation externe,
à fonction sociale, et
- étudier la variabilité de la
susceptibilité individuelle à
recevoir cette contagion du
bâillement.
- .............
- Les résultats suggèrent que
des facteurs classiquement plus importants pour
leur influence sur la vie sociale sont mis
à l'oeuvre dans la contagion du
bâillement, eux-mêmes étant
contagieux. En particulier, l'usage de batteries
de tests jugeant de la sensibilité
"persuasive" indique que ceux qui sont le plus
facilement persuadés, sont
également plus susceptibles d'être
sensibles au bâillement des autres!
- On peut en déduire que la
crédibilité du pourvoyeur de
bâillements affecte le degré de
contagion.
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