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mise à jour du
10 mai 2009
 
La réplication du bâillement
2004
Echokinésie du bâillement,
théorie de l'esprit (Theory of mind)
et empathie
O. Walusinski
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Echokinetic yawning, theory of mind, and empathy

Chat-logomini

Scipion Dupleix 1626
dupleix
 
 
Les humains sont des êtres sociaux. Une des fonctions primordiales de l'encéphale est de nous donner la capacité d'interagir de façon optimale avec les autres. Le succès des interactions sociales réside dans la capacité à comprendre les autres au niveau des actions motrices (intentionnalité), des perceptions émotionnelles, d'une intégration cognitive mnésique et comparative séparant le soi de l'autre (empathie, altruisme), toutes capacités que le psychologie anglo-saxonne a unifié sous le concept de "The theory of mind" (TOM). Il est connu, depuis toujours, que le bâillement est "contagieux"; l'éthologie parle de réplication comportementale et, la neurologie, depuis JM. Charcot, d'échokinésie. En quoi cette échokinésie confère aux bâillements une forme de communication sociale non verbale participant de la TOM et de l'empathie ? (L'échokinésie définie par Emile Littré)
 
La découverte des neurones miroirs par Rizzolatti et Gallese (1996) ouvre à une explication neurophysiologique de la TOM. La promotion des compétences exploratrices de l'environnement, les processus de prises de décisions, notamment en cas d'urgence face à un prédateur, la préparation de l'action en générale, répondent chez la plupart des vertébrés à l'activation de neurones miroirs dans les aires corticales motrices. Ils s'activent lors de la perception des mouvements et d'action de conspécifiques indiquant que la génération de l'action intentionnelle et l'imagerie mentale de celle-ci partagent les mêmes structures neuronales. Ainsi, sur un trottoir parisien, l'approche du piéton décelé par un pigeon déclenche automatiquement l'envol de la troupe dont la majorité n'a pas eu perception du danger. Résultat de réponses adaptatives sélectionnées par l'évolution, cet automatisme moteur coopératif valorise la vie en groupe en terme de sécurité face au prédateurs.
 
L'échokinésie du bâillement ne répond pas à ce mécanisme comme l'indique son délai d'apparition et son inconstance. En effet, n'est sensible à l'échokinésie qu'un individu dans un état mental peu stimulé (transport en commun), alors qu'un travail intellectuel soutenu le rend insensible.
 scoot
Schürmann et al.(2005) ont confirmé, par exploration en IRM fonctionnelle, l'absence d'activation des neurones miroirs de l'aire de Broca chez l'Homme (cortex frontal postéro-inférieur de l'hémisphère gauche), lors de l'échokinésie du bâillement, contrairement à l'observation gestuelle pendant laquelle, ceux-ci s'activent tant dans l'exécution que dans l'observation d'une activité motrice (décodage de l'intentionnalité). Ces éléments éthologiques et neurophysiologiques montrent que l'échokinésie du bâillement n'est pas une imitation motrice.
 
La reconnaissance visuelle de l'environnement met en jeu différents circuits neuronaux distinguant les objets inanimés des êtres vivants (Puce, 2003). La reconnaissance des visages humains répond à l'activation de neurones, spécifiquement dédiés, au niveau temporal. La région temporal inférieur (IT) (Afraz, 2006; Leopold, 2006) permet une identification immédiate d'un visage dans sa globalité, tant pour l'identité que pour l'expression, en possédant, apparemment, une mémorisation autonome, non hippocampique. Le sulcus temporal supérieur (STS) s'active, lui, spécifiquement lors de perception des mouvements des yeux, de la bouche, suggérant son implication dans la perception visuelle des émotions. Schürmann et al. (2005) ont montré l'activation du STS lors de l'échokinésie du bâillement, de façon automatique et involontaire, se transmettant vers la région periamygdalienne gauche, le cortex cingulaire postérieur et le précuneus. Ces structures sont associées à la discrimination des émotions exprimées par la face humaine et, notamment, dans l'appréciation de la véracité du ressenti exprimé.
 
Platek et al. (2003; 2005) ont trouvé une corrélation entre activation des circuits neuronaux au-delà du STS et traits de personnalités. "A l'opposé de ceux qui ne sont pas influencés par la vue d'un autre bâilleur, les gens qui sont sensibles au bâillement d'autrui reconnaissent plus promptement l'image de leur propre visage, identifie mieux l'état psychologique de l'autre et exhibe moins de traits de personnalité d'allure schizoïde. Ces données suggèrent que la contagion du bâillement a un lien avec la capacité d'une part d'introspection et d'autre part d'empathie". Les sujets qualifiés d'empathiques, très sensibles à l'échokinésie du bâillement activent peu l'amygdale mais le cortex cingulaire, alors que les sujets qualifiés de schizoïdes, insensibles à la réplication du bâillement, activent l'amygdale (la peur ?) (Carr, 2003). L'étude de la neurophysiologie de l'empathie retrouve une similarité des zones activées (STS, insula,péri-amygdale, cortex cingulaire, cortex préfrontal droit). Ainsi, il semble qu'alors que la compréhension de l'intentionnalité (neurones miroirs moteurs), le partage des émotions (neurones miroirs de l'insula, amygdale et cortex pariétal droit) nécessitent, pour être décodés, une activation neuronale commune, action - perception, simultanément à une inhibition frontale (activation orbito-frontale) inhibitrice de l'extériorisation motrice, l'échokénsie du bâillement n'a pas la capacité d'être inhibée involontairement par absence d'inhibition frontale. Par contre l'activation temporo-pariétale droite autorise la différenciation entre soi et l'autre, identifiant, au niveau conscient, le rôle déclencheur du bâillement de l'autre (Decety, 2006). Le bâillement pourrait ainsi illustrer la théorie simulationniste de la TOM. En 2008, Nahab et al. ont montré en IRMf que la zone ventromédiale frontale s'activait au cours de l'echokinésie du bâillement, zone activée également au cours des processus empathiques et proposent de situer à ce niveau la zone corticale à l'origine du déclenchement du bâillement "contagieux".
 
Alors que le bâillement apparaît universel chez les vertébrés, il semble que seuls les primates soient capables d'une échokinésie. Anderson (2004) a montré que les chimpanzés visionnant une vidéo de bâillements de conspécifiques, bâillaient à la suite, de façon similaire aux humains dans une situation analogue. Bien que l'existence d'une TOM chez le chimpanzé soit toujours l'objet de controverses (Povinelli, 2003), l'existence d'une échokinésie des bâillements plaide en faveur d'une théorie de différents niveaux de TOM, peut-être secondairement à des voies différentes de l'évolution des capacités cognitives des hominidés. La pathologie psychiatrique humaine dissèque, elle aussi, de façon comparable, la TOM (Blair, 2005).
 
A. Senju et al. (14) A. Senju et al. ont projeté des videos clips de personnes bâillant ou ouvrant simplement la bouche à 49 enfants, agés de 7 ans, et dont la moitié était des autistes. La vision de bâillements déclenchent plus du double de bâillements chez les enfants sains que chez les autistes. Regarder des visages ne bâillant pas déclenche le même nombre de bâillements dans les deux catégories d'enfants. Cette étude eoque donc un déficit d'échokinésie des bâillements chez les personnes autistes. Or le déficit a décodé les émotions des autres, ainsi que l'empathie, sont des critères diagnostiques de cette pathologie. L'équipe de A. Senju propose, en 2008, que sous certaines conditions de lien de dépendance longtemps établi, un chien pourrait bâiller en voyant son maître bâiller. Les mêmes seraient capables de comprendre l'indication de la direction du regard donnée par un doigt pointé vers une cible ce qui montrerait une capacité de TOM chez ces chiens.
 
Empathy in schizophrenia: impaired resonance Haker H, Rössler W 2009 in press  : dans ce travail, les auteurs montrent la faible réceptivité des schizophrènes aux bâillements d'autrui. Mais la prise d eneuroleptiques par ceux-ci étant inhibitrice des bâillements, la pertience de la démontsration est réduite bien théoriquement cohérente
 
Anderson (2003) a montré que l'enfant n'était sensible à l'échokinésie du bâillement qu'au cours de la sixième année de vie, c'est à dire après avoir acquis la capacité de réfléchir à ce que l'autre pense, à attribuer des états mentaux à autrui (Gergely, 2003). Un état de maturation cognitive d'ordre fonctionnel est donc nécessaire afin d'être sensible à l'échokinésie du bâillement.
 
En résumé, un lien phénoménologique apparaît entre la capacité à attribuer un état mental à autrui (TOM), base de l'empathie et l'échokinésie du bâillement. A côté de la hiérarchie neuro-anatomique séparant la TOM en niveaux sensorimoteurs, émotionnels et cognitifs ((Singer, 2006), l'échokinésie du bâillement autorise une dissociation de la TOM, par son ontogenèse et sa phylogenèse, en différents niveaux développementaux, sous-tendus par une activation différenciée de circuits neuronaux spécifiques. L'échokinésie du bâillement aurait conféré un avantage sélectif, en permettant une synchronisation efficace des niveaux de vigilance entre les membres d'un groupe social. Elle participerait d'une forme d'empathie instinctive involontaire, qualifiable de rudimentaire, probablement apparue tardivement au cours de l'évolution des hominidés.
schéma
 
Contagious yawning: the role of self-awareness and mental state attribution Platek SMet al
Yearning to yawn: the neural basis of contagious yawning Schurmann, Hari et al
Contagious yawning and the brain Platek S, Mohamed F, Gallup G
Contagious yawning in chimpanzees AndersonJR
Video-induced yawning in stumptail macaques Paukner A, Anderson JR
 
 A clinical and psychological study of echo-reactions Srengel Ed, Vienna MD, Edin LR 1947
 
Empathy in schizophrenia: impaired resonance Haker H, Rössler W 
 
Yawning: unsuspected avenue for a better understanding of arousal and interoception
Le bâillement: son histoire intérieur ou neurophysiologie du bâillement revue
au travers de son ontogenèse et de sa phylogenèse O. Walusinski
 
sts
 
1 - Rizzolatti G, Fadiga L, Gallese V, et al. Premotor cortex and the recognition of motor actions. Brain Res Cogn Brain Res. 1996;3:131-141.
 
2 - Schürmann M, Hesse MD, Stephan KE, et al. Yearning to yawn: the neural basis of contagious yawning. Neuroimage. 2005;24:1260-1264.
 
3 - Puce A, Perrett D. Electrophysiology and brain imaging of biological motion. Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci. 2003;358:435-445.
 
4 - Afraz SR, Kiani R, Esteky H. Microstimulation of inferotemporal cortex influences face categorization. Nature. 2006;442:692-695.
 
5 - Platek SM, Mohamed FB, Gallup GG Jr. Contagious yawning and the brain. Brain Res Cogn Brain Res. 2005;23:448-452.
 
6 - Platek SM, Critton SR, Myers TE, Gallup GG. Contagious yawning: the role of self-awareness and mental state attribution. Brain Res Cogn Brain Res. 2003;17(2):223-237.
 
7 - Carr L, Iacoboni M, Dubeau MC, et al. Neural mechanisms of empathy in humans: a relay from neural systems for imitation to limbic areas. Proc Natl Acad Sci USA. 2003;100:5497-5502.
 
8 - Decety J, Grezes J. The power of simulation: imagining one's own and other's behavior. Brain Res. 2006;1079:4-14.
 
9 - Anderson JR, Myowa-Yamakoshi M, Matsuzawa T. Contagious yawning in chimpanzees. Proc Biol Sci. 2004;271 Suppl 6:S468-470.
 
10 - Povinelli DJ, Vonk J. Chimpanzee minds: suspiciously human? Trends Cogn Sci. 2003;7:157-160.
 
11 - Blair RJ. Responding to the emotions of others: dissociating forms of empathy through the study of typical and psychiatric populations. Conscious Cogn. 2005;14:698-718.
 
12 - Anderson JR, Meno P. Psychological influences on yawning in children. Current Psychology Letters Behaviour, Brain, & Cognition. 2003;2:390.
 
13 - Singer T. The neuronal basis and ontogeny of empathy and mind reading: Review of literature and implications for future research. Neurosci Biobehav Rev. 2006;30:855-863.
 
14 - Senju A, Maeda M, Kikuchi Y et al. Absence of contagious yawning in children with autism spectrum disorder. Biology letters 2007;3:706-708.
 
15 -Joly-Mascheroni RM, Senju A, Sheperd AJ Dogs catch human yawns Biology letters Animal Behaviour 2008;4(5):446-448.
 
16 -Nahab FB, Hattori N, Saad ZS, Hallett M Contagious yawning and the frontal lobe: An fMRI study Human Brain Mapping 2008 in press
 
contagious yawning
 
Response properties of neurons in temporal cortical visual areas of infant monkeys Rodman HR
 

Un précurseur des recherches actuelles... oublié !
Yawning, Yielding, and Yearning to Yawn
Paper presented at the meeting of the Midwest Psychological Assiociation Chicago, May 1974
 Cialdini RB, McPeek RW
 
Je suis heureux de pouvoir vous présenter un document inédit jamais publié. Ce travail a été présenté oralement, par Robert Cialdini, en 1974, à l'association de Pyschologie du Midwest.
 
"Comme manger, bâiller est un évènement quotidien qui peut aussi bien être déclenché par la fatigue (cause interne) que par la vision d'un autre bâilleur (cause externe). L'étude a été bâtie pour:
démontrer l'existence d'un bâillement de stimulation externe, à fonction sociale, et
étudier la variabilité de la susceptibilité individuelle à recevoir cette contagion du bâillement.
.............
Les résultats suggèrent que des facteurs classiquement plus importants pour leur influence sur la vie sociale sont mis à l'oeuvre dans la contagion du bâillement, eux-mêmes étant contagieux. En particulier, l'usage de batteries de tests jugeant de la sensibilité "persuasive" indique que ceux qui sont le plus facilement persuadés, sont également plus susceptibles d'être sensibles au bâillement des autres!
On peut en déduire que la crédibilité du pourvoyeur de bâillements affecte le degré de contagion.